« Schelgel (écrit par moi) »

August Wilhelm Schlegel et Albertine Necker de Saussure

Stefan Knödler

p. 81-102

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Stefan Knödler, « « Schelgel (écrit par moi) » », Cahiers Staëliens, 66 | 2016, 81-102.

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Stefan Knödler, « « Schelgel (écrit par moi) » », Cahiers Staëliens [En ligne], 66 | 2016, mis en ligne le 15 avril 2019, consulté le 03 décembre 2020. URL : https://cahiersstaeliens.edinum.org/121

La place d’Albertine Necker de Saussure (1766-1841) dans le groupe de Coppet reste souvent sous-estimée, tout comme les recherches sur son corpus. Elle s’est pourtant inscrite dans l’histoire de la littérature française et européenne avec trois œuvres très différentes : une traduction (anonyme) des cours viennois d’August Wilhelm Schlegel, Cours de littérature dramatique (1814), la biographie de sa cousine, Notice sur le caractère et les écrits de Madame de Staël (1820) et l’essai sur la pédagogie qu’est L’Éducation progressive (1828). Outre ces trois œuvres fondamentales, elle n’a presque rien publié de son vivant. Son legs est à peine retracé et encore moins étudié1.

Albertine Necker de Saussure est la fille du botaniste et géologue Horace-Bénédict de Saussure (1740-1799) ; elle épouse en 1785 le botaniste et pharmacologue Jacques Necker (1757-18252) – celui-ci est le neveu du père de G. de Staël, qui est donc sa cousine. Elle entretient avec elle de proches relations, que ce soit à Coppet ou dans la société genevoise où elle est une convive appréciée ; elle se lie d’amitié avec Pictet de Rochemont, Mathieu de Montmorency, Bonstetten et beaucoup d’autres. Dans sa préface à la traduction de la Notice sur le caractère et les écrits de Madame de Staël, August Wilhelm Schlegel la décrit ainsi :

La rédactrice de la notice qui va suivre est la fille du célèbre naturaliste Saussure. Éduquée très tôt aux connaissances scientifiques, bien au-delà de la sphère de l’éducation féminine habituelle, cultivée par la familiarité de nombreuses littératures, de voyages et de la haute société, et surtout douée d’une finesse d’observation alliée à une sûreté du jugement toute masculine, une douceur de sentiment toute féminine et une grande imagination, Madame Necker aurait pu, depuis longtemps, prétendre à la célébrité des auteurs et aurait certainement réussi à obtenir les applaudissements les plus distingués. Souvent, lorsque dans nos discussions j’ai eu l’occasion d’admirer son esprit, j’ai dit à cette femme vénérée qu’il n’est pas juste de ne faire profiter qu’un petit cercle de ses trésors et de les refuser au monde. Mais une timidité insurmontable et un retour en elle-même la retenaient de se présenter au public3.

C’est en mai 1804, à Genève, que Schlegel rencontre la cousine de G. de Staël avant son arrivée à Coppet, lorsqu’il revient d’Allemagne accompagné de sa nouvelle employeuse :

La seule rencontre qui parvienne vraiment m’intéresser fut celle de Madame Necker, née Saussure, la fille du célèbre érudit, avec laquelle j’ai eu à cœur de discuter pendant le voyage de Berne à Coppet. C’est une femme qui n’est plus tout à fait jeune, aux traits nobles et légèrement masculins, qui contrastent assez avec ses bras et mains d’une beauté exceptionnelle, grande et de belle figure, dans son visage l’expression triste d’un bonheur toujours resté incomplet. Bien qu’elle n’ait pas la même légèreté d’esprit que Mme de St[aël], elle est sensible à ce qui se passe hors de sa sphère et après avoir vu d’autres Genevois, j’ai véritablement commencé à l’admirer. Malheureusement, elle n’entend pas facilement4.

Schlegel et Albertine ne sont pas uniquement liés par leur proximité avec Staël ; ils se sont également traduits mutuellement. Après la traduction en français par A. Necker de Saussure du Cours de littérature dramatique5 (1814) de Schlegel – livre qui, avec De l’Allemagne, a contribué à la diffusion du romantisme allemand en France et en Europe6 –, Schlegel a rendu disponible en allemand la Notice sur le caractère et les écrits de Madame de Staël (1820), qui ouvre le premier volume des Œuvres complètes de sa cousine, et qui paraît également séparément. Cet article ne traitera pourtant pas de cet échange de traductions, mais de quelques documents issus du legs genevois de Necker de Saussure et qui montrent que Schlegel l’a amenée à s’intéresser de près aux écrivains et aux théoriciens allemands, à l’école romantique, puis à la mythologie antique, et enfin à une traduction des Fictions mythologiques (Götterlehre) de Karl Philip Moritz. Ces documents permettent non seulement de faire un portrait plus précis de l’intellectuelle qu’est Necker de Saussure, mais aussi de mieux cerner l’influence de Schlegel sur le groupe de Coppet – outre celle qu’il a eue sur Staël (Corinne, De l’Allemagne), Sismondi (De la littérature du midi de l’Europe) ou Constant (Wallstein, De la religion).

Les Beaux-Arts

La trace la plus ancienne de la rencontre entre Necker de Saussure et Schlegel est un carnet de notes de 254 pages tenu par Albertine, qui contient ses pensées et le fruit de ses lectures sur la religion, la philosophie, l’histoire, les sciences naturelles et la littérature : Fénelon, Hemsterhuis, Linné, Bonstetten, Cuvier, Chateaubriand, Necker et Staël mais aussi – et certainement en grande partie sur le conseil de Schlegel – Goethe, Herder, Johannes Müller, Karl Philipp Moritz, Friedrich Schlegel et A. W. Schlegel lui-même. Ce carnet de notes est daté de novembre 1809 dans une remarque préliminaire. Les entrées y sont organisées alphabétiquement et d’après des mots-clés rassemblés dans un petit registre juste à côté7. Le nom de Schlegel apparaît près des mots-clés suivants : art (à deux reprises), contemplation, Furies, harmonie, illusion, manière (dans les arts), moment, nœud dramatique, organisation, poesie, Romains, Titans (chez Eschyle) et unité. Quelques-unes de ces entrées sont des traductions de l’essai de Schlegel Ueber das Verhältniß der schönen Kunst zur Natur, paru en 1808 dans le journal viennois Prometheus8 ; la plupart pourtant font référence aux deux premiers volumes parus en 1809 de ses Vorlesungen über dramatische Kunst und Litteratur. La consignation de quelques extraits dans son bloc-notes représente donc une première étape de la traduction de toute son œuvre, qu’elle ne commencera que trois ans plus tard seulement. Elle recense surtout les ouvrages allemands sur l’esthétique que Schlegel cite lui aussi dans ses œuvres parues jusqu’alors. De Karl Phillip Moritz, dont elle n’a connu que plus tard le Götterlehre, on trouve dans son carnet de notes des extraits de Ueber die bildende Nachahmung des Schönen (1788) sous les mots-clés : artiste, beau, bon beau noble, créatrice, goût, imitation, inutile, lien, poésie et régularité ; elle a également déjà connaissance de son roman Anton Reiser (1785/86). De ces lectures naît finalement un petit essai intitulé Différence entre le sublime et le beau9. Son intérêt plus tardif pour la mythologie antique, en partie éveillé par Schlegel, se dessine déjà dans ces notes lorsqu’elle traduit ce passage issu du premier volume du Cours de littérature dramatique, sur la religion des Grecs : « Leur religion etoit la Deification des forces de la Nature & de la vie terrestre10 ».

Astronomie romantique

En 1811 ou 1812, A. Necker de Saussure, principalement formée aux sciences naturelles par son père, s’intéresse à l’astronomie grâce à la comète C/1811 F1, entrée dans l’histoire sous le nom de son découvreur Flaugergues et visible depuis sa découverte, en mars 1811, jusqu’à l’automne, comme on le voit dans une lettre adressée à son fils Théodore :

[J]e lis, j’écris, je m’exerce dans l’allemand ; j’étudie à fond ce livre d’astronomie que tu m’as donné, et qui n’est pas tout à fait aussi facile qu’on le croirait. [...] Je rends grâce au ciel et à mon bon père de m’avoir donné ce goût de l’étude, une certaine curiosité active pour les phénomènes de la nature qui commencent par frapper mon imagination, et un désir de m’en rendre compte qui me rend capable de me donner quelque peine pour en venir à bout. La comète a dernièrement réveillé ma curiosité, et de proche en proche, j’ai étudié le ciel11.

Dans le legs d’A. Necker de Saussure, on retrouve un écrit de Schlegel publié ici pour la première fois en annexe, qui se montre critique envers les sciences éclairées, et en particulier envers l’astronomie. Il fait part de ses idées à Necker de Saussure dans leurs discussions sur l’astronomie. Il faut y voir une tentative de la part de Schlegel de la convaincre de sa perception – romantique – de ces phénomènes, avec des références à Dante, Shakespeare et une première traduction de la Théorie des couleurs de Goethe.

L’astronomie joue un rôle central dans son « histoire naturelle mythologique », déjà développée dans ses cours Über schöne Literatur und Kunst donnés à Berlin entre 1801 et 1804. Il propose à l’empirisme des sciences éclairées un modèle « fondé sur une perception symbolique de la Nature, sans aucun égard pour le vrai ou le faux12 ». Schlegel défend la conception du monde anthropocentrée du Moyen-Âge, dans laquelle la Terre est au centre de l’Univers. Cette représentation, d’après la philosophie romantique de l’idéalisme allemand (celui de Schelling notamment), est animée d’un « esprit » dont la vertu infinie peut et doit être représentée par la poésie dans un système de référence infini et « toujours plus radieux »13. Dans le premier texte écrit en français par Schlegel (qui, à cette époque, n’était pas encore publié), Considérations sur la civilisation en général et sur l’origine et la décadence des religions14 (1805) – il le cite à la fin de son message à Necker de Saussure –, il reprend ces idées, les revisite sur la base d’une argumentation plus large et renforce sa critique de l’optimisme historique de la science éclairée. Il voit dans l’histoire un processus de désenchantement et de profanisation15, l’humanité s’éloignant de ses origines. Ce sont les sciences de la nature qu’il accuse de cette chute, elles qui trahissent une vision poétique des choses au profit d’intérêts monétaires16 et politiques17. Les découvertes de l’astronomie ont, pour lui, désenchanté la « voûte étoilée18 », sans pouvoir remplir le vide moral qu’elle laisse : l’humanité, qui a perdu la Terre comme centre de l’Univers, voit aussi « la base immobile » lui échapper19.

Schlegel s’appuie surtout sur le dialogue platonicien Alexis ou l’âge d’or du philosophe franco-néerlandais Frans Hemsterhuis, également apprécié à Coppet. Tous deux postulent un âge d’or situé dans un passé lointain, détruit par une catastrophe naturelle – pour Hemsterhuis, il s’agit de l’entrée de la Lune dans l’orbite terrestre : cet événement aurait marqué la fin d’une vie heureuse et harmonieuse sur Terre ; à partir de cet instant, les hommes seraient entrés dans un combat pour leur existence et une peur de la mort20. Comme Hemsterhuis, Schlegel voit dans ces hommes qui ont peuplé la Terre avant la catastrophe, non des sauvages (comme Voltaire) ni des enfants (comme Rousseau et Staël), mais des « êtres supérieurs21 » à qui l’humanité doit la découverte du feu, des métaux et d’autres connaissances précieuses perdues depuis22. Dès ses Cours de Berlin, Schlegel cite parmi les « points dans lesquels les connaissances des Anciens sont plus avancées que les nôtres », outre la connaissance des « forces secrètes des plantes, des animaux et des pierres » et de « la sorcellerie et de la magie », l’« astrologie mythique », dans laquelle la « Terre est au centre de l’Univers » et où les constellations doivent être interprétées « symboliquement23 ». Le passéisme de Schlegel et sa lutte en faveur des « grandes vérités astronomiques de la plus haute antiquité » contredisent de manière éclatante les idées progressistes du groupe de Coppet et de Staël, pour qui l’idée d’une « perfectibilité de l’espèce humaine » structure De la littérature24. Schlegel concède certes que l’humanité a évolué25, mais la triple perte de la poésie, de la religion et de la science véritable transforme l’homme du présent en un être sans racines, détruit, et lui nie presque tout espoir d’avenir.

Les Notes concernant l’astronomie26 de Necker de Saussure montrent que Schlegel n’allait pas la rallier à son astronomie romantique. Remplies de données sur les constellations, de formules mathématiques et de calculs de distances, elles montrent qu’elle était en son temps une astronome pointue et légitimement peu disposée à renoncer à sa confiance dans le progrès des sciences de la nature.

Le livre sur la mythologie

Avec la mythologie, autre sujet central de sa réflexion, Schlegel a eu plus de chance auprès d’A. Necker de Saussure. Dans la pensée de Coppet, ce sujet ne joue qu’un rôle négligeable : ni Barante, ni Bonstetten, ni Sismondi, ni Staël n’en avaient une grande connaissance et aucun n’a fait, en la matière, de grandes découvertes27. La mythologie grecque joue au mieux un rôle dans le débat qui prolonge la querelle des Anciens et des Modernes, cherchant dans quelle mesure la matière mythologique devrait être reprise dans la littérature moderne et en particulier dans la tragédie. Cette position est unanimement refusée. Tous sont d’accord avec Schlegel pour dire que la mythologie n’est « souvent qu’une expression vide28 ». Parmi les exceptions ne figure que Constant, qui a longuement étudié la mythologie grecque et d’autres anciennes cultures orientales au cours des trente années qu’il a passées à écrire son plus grand ouvrage : Sur la religion (1824-1831). Pourtant cette œuvre, une fois publiée, n’aura qu’une influence mineure sur les membres du cercle encore vivants, alors disséminés partout en Europe. A. Necker de Saussure constitue, comme nous allons le montrer, la seconde exception.

Après sa traduction du Cours de Schlegel, elle prévoit de traduire en français l’essai de Friedrich Schlegel paru en 1808, Ueber die Sprache und Weisheit der Indier ; mais August le lui déconseille car il trouve le livre érudit de son frère trop éloigné des manières françaises :

Néanmoins je doute que l’ouvrage en question puisse avoir un succès général et populaire en France. Les formes ne sont pas assez saillantes, le ton est calme avec une absence complète de declamation et même d’antithèses brillantes. L’auteur présuppose une quantité de discussions qui ne sont guère connues hors d’Allemagne, et peut-être faut-il avoir beaucoup réfléchi et étudié soi-même, pour reconnaître dans des paroles très simples et sans prétention le résultat de vastes et profondes recherches29.

Il l’encourage donc à écrire enfin quelque chose de sa plume :

Vous devriez plutôt écrire pour être traduite. Pourquoi vous obstinez-vous à placer la lumière sous un boisseau ? Cela est contraire aux préceptes de l’Évangile. Vous réunissez à un degré bien rare la vigueur de la pensée avec les inspirations d’une sensibilité délicate, et la finesse de l’observation avec une imagination idéale qui a grandi dans le recueillement. Vous possédez complètement tout ce qui compose le style. Vous n’avez qu’à vouloir, à fixer vos idées, à former un plan, pour être un auteur distingué ; et notre siècle, si stérile et en même temps et si bavard, a grand besoin d’être enrichi par des productions originales et durables30.

Il est probable qu’A. Necker de Saussure, à cette époque, envisage déjà d’écrire un livre sur l’éducation ; elle commence cependant son travail par un livre sur la mythologie ancienne, sans aucun doute inspiré par la lecture des écrits des frères Schlegel. Dans son legs, on trouve un cahier qui comprend des notes sur les premiers chapitres des cours de F. Schlegel sur la Geschichte der Alten und Neuen Literatur31 (1815) ; on trouve ensuite des remarques sur la recension d’August Wilhelm, sur l’édition32 des œuvres de Winckelmann (1812) et enfin la première esquisse d’un plan pour son livre sur la mythologie :

Idée des chapitres.

1 Caract. generale de la myth G. Tableau general
2. Des autres Myth. Payennes
3. Des diff. causes qui ont determiné le caractere de la myth. G
4. Des Arts anciens consideres comme monumens Mythologiques
5. Jusqu’à quel point la Myth. G. a-t-elle été alleg
6. Des diff. systemes de Myth.
7. Des sources originales de la Myth. Hom. Hesiode. Pindare Ovide les tragiques
8. Paganisme consideré sous le rapport de l’influence morale, efforts des philosophes pour l’eprouver
9. Difference fondamentale de ttes les Rel. Orientales avec celle des Hebreux, & de la morale des phil payens avec celle du Chr33.

Si l’on compare cette ébauche avec les écrits d’A. W. Schlegel sur la mythologie, on trouvera de nombreuses ressemblances. Seule la morale, qui semble être au cœur des deux derniers chapitres, n’intéresse que très peu Schlegel. On aperçoit déjà dans ce plan l’Éducation progressive. Un cahier intitulé Pensées (les miennes sont numérotées) montre une nouvelle étape du livre d’A. Necker de Saussure sur la mythologie. Sous le titre Idées de Schlegel, le cahier comprend tout d’abord deux pages remplies de notes, suivies de la copie d’un petit essai non publié de Schlegel, De la mythologie grecque34, auquel se rapportent enfin trente-six Pensées de Necker de Saussure35. De la mythologie grecque de Schlegel a certainement vu le jour entre 1815 et 1816, lors de son second voyage en Italie avec Staël36 ; il montre de nombreux parallèles avec sa recension complète de la Römische Geschichte de Barthold Georg Niebuhr qui, en 1816, est parue dans les Heidelbergischen Jahrbüchern der Litteratur37 ; Schlegel reprend également de nombreuses idées de ses cours berlinois et les adapte aux progrès des connaissances de l’Antiquité.

Schlegel distingue trois époques dans l’histoire de la mythologie grecque :

1° Domination d’une caste de prêtres d’origine asiatique comme le reste de la nation. temps pélasgiques. 2° L’autorité sacerdotale est renversée par la caste des guerriers ou des nobles [...], lesquels dès lors eurent la prééminence : temps historique. 3° Les autres classes renversent à leur tour la puissance des nobles : abolition de la royauté, républicanisme universel38.

L’histoire, là encore, devient une histoire du déclin. Schlegel définit l’état premier du « culte de la mythologie des Grecs » avec une expression tirée de Pindare : « que les Dieux et les hommes sont issus de la même race39 ». Pour lui, le moment décisif est la « fuite des Pélasges » (une idée qu’il aborde également dans ses recensions de Winckelmann et Niebuhr) : à partir de ce moment-là, la religion grecque n’a plus de livre, plus de prêtre revêtu d’une quelconque autorité religieuse ; les connaissances originellement venues d’Inde sont alors perdues. Cette situation, préjudiciable au pouvoir unificateur de la religion, était pourtant bonne pour la poésie car tandis que les « traditions sacrées » se volatilisaient, les poètes pouvaient modifier et réécrire les mythes à leur manière40. Pour lui, c’est alors que la fantaisie prend le pas sur la mythologie ; mais le vieux mystère, depuis longtemps oublié, reste encore sensible sous la « drâperie41». Puisque la « fuite des Pélasges » est bien antérieure à la Guerre de Troie et nous reste inaccessible faute de documents, et puisque la seconde période ne peut elle aussi ressurgir que par le biais des œuvres littéraires – en particulier l’épopée d’Homère – la poésie devient à la fois le moyen et l’objectif de l’étude des savoirs perdus. Schlegel parle constamment d’un « auparavant ». Le chemin pour y parvenir passe par l’analyse des anciens textes et des artefacts : « Nous devons donc retourner jusque dans l’histoire la plus ancienne de l’humanité pour retrouver les racines de la poésie42 ». Il dit également du don de divination poétique : « Au reste, pour faire sentir la beauté et le charme poétique de la mythologie, il ne faut pas trop vouloir l’expliquer, il faut la laisser deviner43 ». La poésie est également ce qui unit l’intérêt de Schlegel pour l’astronomie ancienne (avant les Lumières) et la mythologie (avant la chrétienté).

Les Pensées de Necker de Saussure liées à la copie de l’essai de Schlegel sont fortement liées à la pensée de celui-ci et d’autres intellectuels allemands – elle y nomme notamment le Über die Religion de Schleiermacher et Persepolis de Herder, ainsi que sa préface signée Johannes von Müller. Comme Schlegel, elle parle de la singularité de la religion païenne, de son « besoin d’exprimer le principe terrible & destructive dans la nature » (n° 16), de l’origine orientale des dieux grecs, de leur caractère allégorique (n°11) et poétique (n°9, 21), de l’impossibilité de les interpréter (n°6, 10, 19), puisqu’ils ne recèlent pas de « secret » qui puisse être découvert (n°19) ; les mythes fonctionnent comme des rêves, et non pas comme des allégories. Les notes se réfèrent à un autre cahier, d’environ soixante-dix pages, qui documente l’état le plus avancé de cet ouvrage sur la mythologie. On y trouve trois chapitres : Tableau general de la Mythologie Greque, Du sens renfermé dans les Symboles mythologiques et Du symbole dans la mythologie – un autre chapitre, Les arts (le titre est probablement incomplet) n’y figure pas du tout44. Tous restent inachevés : le cahier contient soit un texte très précoce, plusieurs fois repris et étoffé, ou des notes librement associées les unes aux autres ; dans de nombreux endroits, le texte reste difficile à mettre en ordre. Il s’agit principalement d’un travail sur les Pensées liées au texte de Schlegel ; d’autres idées, comme le lien entre langue et mythologie, un extrait sur la fuite des Pélages ou la séparation de la mythologie grecque en une « période symbolique », une « période pratique » et une « période philosophique » sont également dues à Schlegel. Le livre d’A. Necker de Saussure sur la mythologie aurait sans doute été d’un grand intérêt pour le public français ; malheureusement, elle n’a pas achevé cet ouvrage : si elle commence par s’intéresser à la mythologie, son intérêt pour la pédagogie passe peu à peu au premier plan.

La traduction des Fictions mythologiques de Karl Philipp Moritz

La traduction du Götterlehre de Karl Philipp Moritz par A. Necker de Saussure, ainsi que sa préface, constitue l’un des plus importants travaux non publiés de son legs. Si Moritz apparaît plusieurs fois dans ses notes de 1812, Albertine découvre ce livre par l’intermédiaire de Schlegel, comme on le comprend dans une lettre écrite pendant l’impression de sa traduction des Cours, c’est-à-dire après son retour d’exil : « [S]i vous avez un peu de temps je voudrois que vous pensiez au recueil que vous m’avez promis de morceaux de vous, de Mr votre frere & de vos Amis, puis Sternbald puis encore la mythologie de Moriz & enfin ce que vous pouvez imaginer qui me convienne45 ». Ainsi, la traduction du Götterlehre, paru sous le nom de Fictions Mythologiques des Anciens par Charles Philippe Moritz traduit de l’Allemand46, n’a pas été faite entre 1795 et 1800, comme le pense Jean Delisle47, mais dans les années durant lesquelles Albertine travaille à son livre sur la mythologie, soit en 1814 et 181548. Les premières phrases de son Discours préliminaire sur l’étude de la mythologie & sur la vie et les écrits de Moritz révèlent que sa traduction outrepasse l’intérêt de Schlegel pour la mythologie :

L’ouvrage dont nous donnons la traduction est dans son genre un ouvrage du premier rang en Allemagne. On en fait de nouvelles éditions à mesure que les anciennes sont épuisées, et comme il appartient à la fois à la littérature et à l’enseignement, il sert à instruire la jeunesse, à étendre les idées des gens du monde et à guider les artistes.

Comme Staël dans De l’Allemagne et comme pour sa traduction du Cours de Schlegel, elle souhaite tout d’abord diffuser les idées allemandes en France :

Si l’opinion des Allemands mérite de faire autorité dans quelque genre, c’est sans doute relativement à l’étude de l’antiquité, puisque, d’un aveu général, l’illustre Winkellmann est de tous les auteurs modernes celui qui a le mieux saisi l’esprit pénétré de passé dans sa nation, il a ranimé d’un nouveau souffle de vie des études dont l’intérêt se perdoit chaque jour, et [...] le génie des beaux arts a étendu ses conquêtes sur la domaine de l’érudition49.

Elle pense qu’en France, on ne s’est approprié les « formes antiques » que de manière superficielle ; on a considéré la religion païenne « comme une succession de fêtes pompeuses, comme un brillant prétexte pour étaler les merveilles de tous les arts. Ils ont relevé, souvent avec beaucoup de charme, ce qu’elle avait de riant, de gracieux, de volupteux, mais ont-ils fait sentir ce qu’elle avait de terrible ? ». La question est rhétorique ; pour elle, en effet, « l’esprit de la religion payenne » est resté caché aux Français. Apparaît ici, comme dans de nombreux autres passages, ce qu’elle doit à Schlegel, par exemple lorsqu’elle rappelle que les mythes grecs parlent des forces de la nature sublimes, terribles et passionnées, au sein desquelles règnent le désordre, l’immortalité et la bizarrerie et qui contredisent la « foi raisonnable avec lesquels elles sont racontées » en France. Lorsqu’elle parle de la métrique comme de « la partie musicale des langues anciennes », cela rappelle à nouveau Schlegel50, tout comme la référence à l’origine indienne de la mythologie grecque. Lorsqu’elle souligne le rôle de l’imagination dans la naissance du mythe et dans sa lecture, elle suit là encore Schlegel, mais elle argumente dans une tout autre direction : pour elle, « l’étude de la mythologie » est importante car elle structure le façonnement de l’imagination dans le développement de l’enfant ; l’utilité pédagogique de la mythologie est au centre de ses réflexions à elle. Sa perspective est donc tout à fait contraire à celle de Schlegel : elle part du passé pour penser l’avenir, alors que lui part du présent pour étudier le passé.

Dans les années qui suivent, A. Necker de Saussure se détourne de la mythologie et commence à réfléchir sur la pédagogie. Elle ne traduit pas, comme elle l’annonce pourtant dans son Discours préliminaire, l’étude de Moritz sur le calendrier des fêtes romaines, Anthousa51 (1791), mais l’Erziehung des Menschengeschlechts52 de Gotthold Ephraim Lessing et des parties de Levana oder Erziehlehre53 (1807) de Jean Paul : des œuvres qu’elle traduira en français en pensant à l’Éducation progressive. Dans le deuxième volume de ce dernier, au chapitre IX, Moyens de cultiver l’imagination. Littérature à l’usage de l’enfance, reviennent quelques pensées du Discours préliminaire où elle recommande pour la formation de l’imaginaire la « poésie charmante » de la mythologie et la « crudité des faits absurdes dont l’explication deviendrait agréable pour un âge auquel l’enveloppe mystérieuse de l’allégorie plaît encore » ; elle parle aussi des Fictions mythologiques de Moritz lorsqu’elle demande : « Comment, parmi les savans consommés que possède la France, personne n’a-t-il tenté ce qu’on a bien exécuté en Allemagne, en cherchant à faire saisir aux enfants l’esprit des fictions et des arts antiques, sans jamais offenser leur moralité54 ? ». Avec son cours d’éducation aux fondations chrétiennes et théologiques, elle s’est alors considérablement éloignée de la reconstruction divinatoire de l’âge d’or poétique proposée par Schlegel.

Appendice55

August Wilhelm Schlegel : [Sur l’astronomie]

Je vous prie, Madame, de lire les deux passages ci-joints. Vous verrez que Goethe quoiqu’avec une maniere de voir très différente de la mienne, s’accorde parfaitement avec moi sur les immenses suites morales de la découverte de Copernic.

En effet, comment admettre après cela la doctrine du christianisme ? Comment se figurer que Dieu soit descendu de préférence sur une planète aussi degradée, aussi subalterne que la nôtre pour sauver les misérables humains ? L’objection est tellement frappante, que Mallebranche, pour sauver la foi, a fait un écrit anonyme, dans lequel il admet que l’acte de la redemption, quoiqu’unique et éternel, a pu s’exécuter par une multitude d’actes extérieurs, et que le fils de Dieu s’est peut-être incarné des millions de fois sur autant de corps célestes, où il y avoit des êtres avec des besoins analogues aux nôtres.

Du reste la découverte de Copernic proprement n’en étoit pas une. Il n’a fait autre chose que divulguer indiscrètement la doctrine ésotérique des Pythagoriciens.

Or dès que les découvertes physiques ne paroissent plus être d’accord avec les vérités revélées, l’Athéisme doit s’établir. Car il n’y a point d’autre religion que celle qui est revélée extérieurement ou intérieurement. La religion naturelle, ou pour mieux dire, celle de la raison, n’est qu’une chimère, qu’une philosophie un peu forte anéantit dans un instant.

L’esprit général de ce siècle est évidemment l’Athéisme. Mais tout cet orgueil de la science n’est autre chose que la revolte des géants, fils de la terre, qui entassoient des montagnes pour escalader le ciel. Ils furent écrasés par la foudre, c’est à dire par la lumiere divine transformée en colere.

Si les physiciens modernes ont encore l’air d’admettre un Dieu, il est purement et simplement le mécanisme personifié.

La coïncidence du calcul avec les événements naturels est une belle chose, en ce qu’elle prouve que Dieu a coordonné les lois de notre intelligence avec celles du monde visible, et que les mathématiques sont un reflét des idées divines. Mais où sont les mathématiciens de nos jours qui s’élévent à d’aussi hautes pensées, et qui parlent comme Kepler de la géométrie coëternelle avec Dieu ?

L’analogie est une source féconde de vérités, lorsqu’on la restreint à une sphère donnée ; d’erreurs et de suppositions arbitraires, lorsqu’on depasse cette sphère. Il me semble que c’est un des caracteres de la physique moderne, de méconnoître les différentes régions de la nature et de reduire tout à la plus infime. C’est ainsi que la vie leur a échappé, parce qu’ils vouloient l’expliquer par des analogies mecaniques et chimiques.

Ce qui prouve bien leur complet aveuglement c’est qu’ils ont matérialisé la lumière. Ils ont voulu la soumettre à l’oeil et pour ainsi dire la dissequer, tandis que l’oeil lui même n’est que la derniere émanation de la lumiere primitive ; de cet oeil interne et sprituel de l’univers, qui n’est autre chose que la conception interne et immediate que tous les êtres d’un rang supérieur, les premiers nés de la création, ont de leur relations mutuelles dans le grand tout, et leur manifestation nous interrompue.

Qu’y-a-t-il d’étonnant à ce qu’on ne découvre aucune borne dans le monde visible, puisque je ne puis pas même parvenir à donner des bornes dans mon esprit aux idées du tems et de l’éspace ? Pour trouver l’immensité je n’ai qu’a prendre un microscope, mais la pensée dépasse toujours d’avance toutes les expériences possibles.

Les astronomes des derniers siècles ont sans doute fait des observations fort exactes, et une infinité de découvertes de détail dans notre système solaire. Tout ce qui est au delà, ce qu’ils disent des étoiles fixes, des voyes lactées etc., ce sont des hypothèses et des hypothèses fort hazardées. L’analogie pourroit bien les avoir induits en erreur même sur des points qui touchent à notre système, par exemple sur les cometes. Déjà plusieurs physiciens penchent à croire que les comètes, quoique soumises à une espèce de gravitation, ne sont pas de véritables corps celestes, mais des météores qui probablement pour la plupart ne reviennent pas, parce qu’ils ne durent pas le tems d’une seule revolution.

Il est arrivé aux astronomes, ce qui est la maladie générale de notre tems, de perdre de vue le but en perfectionnant les moyens. Je ne vois rien de consolant dans leur doctrine d’un mécanisme universel, si non pour les horloges, qui par là peuvent se flatter de ressembler peu au createur. C’étoit bien autre chose pour donner une haute conception de la divinité, que la lyre de Pythagore, dont les sphères planétaires étoient les cordes, et dont Kepler tachoit de faire retentir de nouveau les accords. C’étoit bien autre chose que les neuf sphères du Dante, correspondant aux hiérarchies celestes, et le type de la félicité éternelle, figuré sur cette voûte azurée qui jette ses innombrables rayons sur notre globe ténébreux.

Il est incontestablement prouvé par l’histoire, que les grandes vérités astronomiques datent de la plus haute antiquité. Mais cette premiere astronomie étoit une science spontanée. C’étoit le premier regard que l’homme, élevé au dessus de sa propre nature animale, dirigea vers sa divine patrie. Plus parfaitement organisé que nous il sentoit directement les influences des corps celestes sur lui, et le génie de la terre lui communiqua la conscience de ses rapports avec le reste de l’univers.

L’astrologie est devenue un objet de risée, parce qu’elle a dégénéré entre les mains des fourbes et des superstitieux. Cependant au milieu de ses absurdités, l’on découvre des lueurs de hautes vérités perdues. Kepler, quoique certainement grand mathématicien, admettoit toutes les thèses principales de la véritable astrologie : la puissance génératrice deléguée par le créateur aux corps celestes, les intelligences qui les animent, leur influence directe et toute individuelle, par exemple la production des metaux sur la terre par les planètes & c & c. Kepler étoit le dernier astronome dont la science fût vivante et pût parler à l’ame.

Je crois qu’on pourroit appliquer aux astronomes de nos jours malgré leur zèle de calcul et d’observation ce que dit le Dante sur les humains en général :

Chiamavi il cielo, e ‘ntorno vi si gira,
Mortrandovi le sue belleze eterne,
E l’occhio vostro pure a terra mira56.

Leur oeil est tourné en effet vers le ciel, mais leur ame l’est vers la terre. Ils ne cherchent là haut que du terrestre et du mortel dans de plus grandes dimensions. Ils sont les mains d’oeuvres d’une science future qui sera la véritable astrologie retablie.

There are more things in heav’n and earth, Horatio,
Then are dreamt of in our philosophy.

Shakspeare57.

Goethe dans sa théorie des couleurs58.

« Parmi toutes les decouvertes et toutes les convictions nouvelles aucune ne paroit avoir produit un effet plus grand sur l’esprit humain que la découverte de Copernic. A peine la terre avoit elle été reconnue circonscrite par elle même en forme de globe, qu’elle devoit renoncer à l’immense privilege d’être le centre de l’univers. Peut-être n’a-t-on jamais exigé un plus grand effort du genre humain. Car en reconnoissant cela, combien de choses ne s’en alloient pas en fumée ! Un second paradis, un monde d’innocence, de poésie et de piété, le témoignage des sens, la conviction d’une foi poëtiquement réligieuse. Il ne faut pas s’étonner qu’on ne voulat pas abandonner tout cela, et qu’on s’opposa de toutes les façons à une doctrine qui accordoit et imposoit même à ceux qui l’adoptoient une liberté de la pensée, une étendue dans la maniere de voir et de sentir, dont on n’avoit eu aucune idée juisqu’alors. »

Considérations sur la civilisation en général et sur l’origine et la decadence des religions.

(Fragment écrit par moi il y a 7 ans59.)

« La découverte que la terre tourne autour du soleil a désenchanté la voûte étoilée. C’est là une des plus terribles secousses morales que l’homme ait jamais éprouvé. Au lieu que jusqu’alors les spheres harmonieuses avoient décrit leur cercle radieux autour de la terre, il faut désormais voguer dans le vide avec tant d’autres planètes inconnues qui gravitent autour de mille autres soleils. A quoi nous sert-il que les dimensions de l’univers se soyent élargies à l’infini, si nous sommes dépossédés du centre, si la base immobile de nos générations passageres croule sous nos pieds ? On a fait de la pluralité des mondes un thème favori de théologie naturelle, cependant je suis convaincu que cette opinion a beaucoup contribué à la propagation de l’athéisme de nos jours. L’infini n’est pas dans l’entassement des espaces et des nombres; un univers aussi immense pour une foible conception ressemble presqu’au chaos, et jetés comme au hazard sur un point qui disparoit comparativement, nous ne nous croyons plus placés dans la direction de la Providence. »

1 Les écrits qu’elle a laissés se trouvent à la Bibliothèque de Genève ; je remercie cette institution pour sa généreuse autorisation de citer des

2 Pour sa biographie, voir Étienne Causse, Madame Necker de Saussure et l’Éducation Progressive, Paris, Édition « Je sers », 1930 ; J. de Mestral

3 « Die Verfasserin der folgenden Charakteristik ist die Tochter des berühmten Naturforschers Saussure. Von ihrem Vater frühzeitig in

4 « Die einzige Bekanntschaft, die mich wahrhaft interessiren konnte, war die mit Madame Necker geb. Saussure, der Tochter des bekannten Gelehrten

5 August Wilhelm Schlegel, Cours de littérature dramatique. Traduit de l’Allemand, 3 t., Paris/Genève, Paschoud, 1814.

6 Cf. Chetana Nagavajara, August Wilhelm Schlegel in Frankreich. Sein Anteil an der französischen Literaturkritik 1807-1835, Tübingen, Niemeyer, 1966.

7 Cahiers de notes (livre beige) avec un répertoire. 1809, Bibliothèque de Genève, ms. fr. 4461/1.

8 August Wilhelm Schlegel, Ueber das Verhältniß der schönen Kunst zur Natur ; ueber Täuschung und Wahrscheinlichkeit ; ueber Styl und Manier, dans :

9 Bibliothèque de Genève, ms. fr. 4462/6.

10 Dans l’original : « Ihre Religion war Vergötterung der Naturkräfte und des irdischen Lebens » (Sämmtliche Werke,t. 5, p. 13).

11 Albertine Necker de Saussure à son fils Théodore [1812 ?], de Mestral Combremont, Albertine Necker de Saussure, p. 122. Le « livre d’astronomie »

12 « Wobey eine symbolische Ansicht der Natur zum Grunde liegt, ohne Rücksicht auf wahr oder unwahr » ; August Wilhelm Schlegel, Vorlesungen über

13 Ibid., p. 460 sq.

14 August Wilhelm Schlegel, Considérations sur la civilisation en général et sur l’origine et la décadence des religions, Œuvres, Leipzig, Weidmann

15 Ibid., p. 290.

16 Ibid., p. 288 : « Les sciences travaillent pour les métiers ».

17 Ibid., p. 289.

18 Ibid.

19 Ibid., p. 290.

20 Voir Frans Hemsterhuis, Alexis ou l’âge d’or, Œuvres philosophiques, Paris, Jansen, 1792, t. 2, p. 107-185, ici 146-148.

21 Schlegel, Considérations,p. 296 ; Voir Roger Paulin, August Wilhelm Schlegels Kosmos, Dresden, Technische Universität, 2011, p. 19-21.

22 Ibid.,p. 298-303.

23 « Punkte, worin die Kenntniß der Alten weiter gegangen als die unsrige », « geheimnißvollen Kräfte der Pflanzen, Thiere und Steine », « Zauberey

24 G. de Staël, De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales (1800), réed., Jean Goldzink, OCS-I/2, dir. Stéphanie

25 Considérations, p. 316.

26 Bibliothèque de Genève, ms. fr. 4462/11.

27 Voir Frank P. Bowman, « Le Groupe de Coppet et la mythologie », dans Il Gruppo di Coppet e l’Italia, éd. Mario Matucci, Pisa, Pacini, 1988, p. 53–

28 « häufig blosse Phrase », Schlegel, Vorlesungen über schöne Literatur und Kunst, op. cit., p. 461.

29 August Wilhelm Schlegel à Albertine Necker de Saussure, Pise, 30 décembre 1815, Bibliothèque de Genève, ms. fr. 2574, 71r–72v.

30 Ibid.

31 Extrait de F. Schlegel, Bibliothèque de Genève, ms. fr. 4463/6.

32 August Wilhelm Schlegel, Winckelmann’s Werke, éd. C. L. Fernow, Heinrich Meyer et Johann Schulze, 1808-1811 [compte rendu], Sämmtliche Werke, t. 12

33 Extrait de F. Schlegel, Bibliothèque de Genève, ms. fr. 4463/6.

34 August Wilhelm Schlegel, De la mythologie grecque, Œuvres, t. 1, p. 317-329.

35 Notes concernant un ouvrage de Schlegel, Bibliothèque de Genève, ms. fr. 4463/13.

36 Ce texte était probablement prévu pour la Bibliotheca Italiana publiée à Florence par Giuseppe Acerbi ; voir lettre de Schlegel à Acerbi, 3 mars

37 August Wilhelm Schlegel, Römische Geschichte, Berlin 1811/12 [compte rendu], Sämmtliche Werke, t. 12, p. 444-512.

38 De la mythologie grecque, p. 320.

39 Ibid., p. 317.

40 Ibid., p. 318.

41 Ibid., p. 324.

42 « Wir müssen also bis auf die älteste Geschichte der Menschheit zurückgehen, um die Wurzel der Poesie aufzufinden », Vorlesungen über schöne

43 De la mythologie grecque, p. 329.

44 Trois chapitres d’une préface pour l’ouvrage de Charles Philippe Moritz : Fiction mythologique des Anciens, Bibliothèque de Genève, ms. fr. 4455/2

45 Albertine Necker de Saussure à August Wilhelm Schlegel, SLUB Dresden, Mscr. Dresd. e. 90, XXIX, Nr. 143.

46 Bibliothèque de Genève,ms. fr. 4455/1. Le titre indique que ce travail aurait été lui aussi publié sans nommer la traductrice. Le texte comprend

47 Jean Delisle, Albertine Necker de Saussure, p. 124 sq. La succession a préservé les feuilles d’après lesquelles la traduction a été réalisée :

48 Voir Pierre Kohler, Madame de Staël et la Suisse, Lausanne/Paris, Payot, 1916, p. 639 sq.

49 Bibliothèque de Genève,ms. fr. 4455/1 (première citation d’après Delisle : Albertine Necker de Saussure,p. 124) ; le Discours existe en deux

50 Voir Schlegel, Vorlesungen über schöne Kunst und Litteratur, op. cit., p. 269–276.

51 « Si les Fictions mythologiques obtiennent quelque succès, le traducteur en donnera pour ainsi dire le complément dans l’Anthoïza. »

52 De l’Education de l’espece humaine, Bibliothèque de Genève, ms. fr. 4463/2.

53 Cahier de notes concernant un ouvrage de J. P. Richter, ms. fr. 4461/5.

54 Albertine Necker de Saussure, L’Éducation progressive, ou étude du cours de la vie, t. 2, 1836, p. 321.

55 Bibliothèque de Genève, ms. fr. 4451, 73r-78r. Le texte est rendu avec l’orthographe de Schlegel.

56 Dante, La Divina Comedia, Purgatorio, Canto XIV, V. 148-150.

57 William Shakespeare, Hamlet, acte 1, scène 5, V. 166 et suiv. ; dans la traduction de Schlegel : « Es giebt mehr Ding’ im Himmel und auf Erden /

58 Voir Johann Wolfgang von Goethe, Zur Farbenlehre, Materialien zur Geschichte der Farbenlehre, Tübingen, Cotta, 1810, t. 2, p. 213 sq.

59 Considérations, p. 290 sq.

1 Les écrits qu’elle a laissés se trouvent à la Bibliothèque de Genève ; je remercie cette institution pour sa généreuse autorisation de citer des documents non publiés.

2 Pour sa biographie, voir Étienne Causse, Madame Necker de Saussure et l’Éducation Progressive, Paris, Édition « Je sers », 1930 ; J. de Mestral Combremont, Albertine Necker de Saussure 1766–1841, Lausanne, Payot, 1946 ; Jean Delisle, Albertine Necker de Saussure, traductrice de transition, « sourcière » du romantisme, dans Portraits de traductrices, éd. Jean Delisle, Arras, Artois Presse Université, 2002, p. 117–171.

3 « Die Verfasserin der folgenden Charakteristik ist die Tochter des berühmten Naturforschers Saussure. Von ihrem Vater frühzeitig in wissenschaftlichen Kenntnissen unterrichtet, die über die Sphäre der gewöhnlichen weiblichen Erziehung hinausliegen, mannichfaltig gebildet durch die Bekanntschaft mit mehreren Litteraturen, durch Reisen und durch die gewählteste Gesellschaft, vor allem begabt mit beobachtendem Scharfsinn, mit männlicher Festigkeit des Urtheils neben weiblicher Zartheit des Gefühls und der Einbildungskraft, hätte Frau Necker längst Ansprüche auf schriftstellerischen Ruhm machen können, und wäre gewiss gewesen, den ausgezeichnetsten Beyfall zu erwerben. Oft, wenn ich im Gespräche Gelegenheit hatte, ihren Geist zu bewundern, habe ich der verehrten Frau gesagt, es sey nicht billig, solche Schätze nur in einem kleinen Kreis von Freunden mitzutheilen, und der Welt vorzuenthalten. Aber eine unüberwindliche Schüchternheit und zugleich eine in sich verschlossene Innigkeit hielt sie ab, öffentlich aufzutreten », (notre traduction), August Wilhelm Schlegel, Vorrede des Uebersetzers, dans Ueber den Charakter und die Schriften der Frau von Staël. Von Frau Necker gebohrne von Saussure, Paris/London/Strasburg, Treuttel und Würtz, 1820, p. VI sq. Voir Sismondi à Staël, 13 décembre 1804, Epistolario, éd. Carlo Pellegrini, Florence, La Nouva Italia, 1933, t. 1, p. 50 : « [C]ombien votre cousine est supérieure à tout le reste ! Je passai avant-hier deux heures avec elle presque toujours à parler de vous, et je compris mieux que jamais pourquoi et à quel juste titre vous l’aimez. »

4 « Die einzige Bekanntschaft, die mich wahrhaft interessiren konnte, war die mit Madame Necker geb. Saussure, der Tochter des bekannten Gelehrten, mit der ich mir es habe angelegen seyn lassen, auf der Reise von Bern hieher viel zu sprechen. Sie ist eine nicht ganz junge Frau, von edlen etwas männlichen Zügen, wogegen ihre ausgezeichnet schönen Arme und Hände etwas abstechen, groß und schön gewachsen, in ihrem Gesicht der traurige Ausdruck eines immer unvollständig gebliebnen Glücks. Wiewohl an Leichtigkeit des Geistes nicht mit Fr.[au] v. St[aël] zu vergleichen, hat sie doch Empfänglichkeit aus ihrer Sphäre hinaus, und nachdem ich andre Genfer gesehen habe ich erst recht angefangen sie zu bewundern. Leider hört sie nicht ganz leicht », (notre traduction), August Wilhelm Schlegel à Sophie Bernhardi-Tieck, 27 mai 1804, Krisenjahre der Frühromantik. Briefe aus dem Schlegelkreis, éd. Josef Körner, Bern/München, Francke, 1969, t. 1, p. 91.

5 August Wilhelm Schlegel, Cours de littérature dramatique. Traduit de l’Allemand, 3 t., Paris/Genève, Paschoud, 1814.

6 Cf. Chetana Nagavajara, August Wilhelm Schlegel in Frankreich. Sein Anteil an der französischen Literaturkritik 1807-1835, Tübingen, Niemeyer, 1966.

7 Cahiers de notes (livre beige) avec un répertoire. 1809, Bibliothèque de Genève, ms. fr. 4461/1.

8 August Wilhelm Schlegel, Ueber das Verhältniß der schönen Kunst zur Natur ; ueber Täuschung und Wahrscheinlichkeit ; ueber Styl und Manier, dans : Sämmtliche Werke, t. 9, Leipzig, Weidmann, 1846, p. 295–319.

9 Bibliothèque de Genève, ms. fr. 4462/6.

10 Dans l’original : « Ihre Religion war Vergötterung der Naturkräfte und des irdischen Lebens » (Sämmtliche Werke, t. 5, p. 13).

11 Albertine Necker de Saussure à son fils Théodore [1812 ?], de Mestral Combremont, Albertine Necker de Saussure, p. 122. Le « livre d’astronomie » cité n’a malheureusement pas pu être retrouvé.

12 « Wobey eine symbolische Ansicht der Natur zum Grunde liegt, ohne Rücksicht auf wahr oder unwahr » ; August Wilhelm Schlegel, Vorlesungen über schöne Literatur und Kunst, dans Kritische Ausgabe der Vorlesungen, Paderborn, Schöningh, 1989, t. 1, p. 459 sq.

13 Ibid., p. 460 sq.

14 August Wilhelm Schlegel, Considérations sur la civilisation en général et sur l’origine et la décadence des religions, Œuvres, Leipzig, Weidmann, 1846, t. 1, p. 277–316.

15 Ibid., p. 290.

16 Ibid., p. 288 : « Les sciences travaillent pour les métiers ».

17 Ibid., p. 289.

18 Ibid.

19 Ibid., p. 290.

20 Voir Frans Hemsterhuis, Alexis ou l’âge d’or, Œuvres philosophiques, Paris, Jansen, 1792, t. 2, p. 107-185, ici 146-148.

21 Schlegel, Considérations, p. 296 ; Voir Roger Paulin, August Wilhelm Schlegels Kosmos, Dresden, Technische Universität, 2011, p. 19-21.

22 Ibid., p. 298-303.

23 « Punkte, worin die Kenntniß der Alten weiter gegangen als die unsrige », « geheimnißvollen Kräfte der Pflanzen, Thiere und Steine », « Zauberey und Magie », « mythische Astrologie », « Erde als Mittelpunkt des Universums », « symbolisch », (notre traduction). Schlegel, Vorlesungen über schöne Literatur und Kunst, p. 460.

24 G. de Staël, De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales (1800), réed., Jean Goldzink, OCS-I/2, dir. Stéphanie Genand, Paris, Champion, 2013, p. 221.

25 Considérations, p. 316.

26 Bibliothèque de Genève, ms. fr. 4462/11.

27 Voir Frank P. Bowman, « Le Groupe de Coppet et la mythologie », dans Il Gruppo di Coppet e l’Italia, éd. Mario Matucci, Pisa, Pacini, 1988, p. 53–70, ici p. 54 et suiv.

28 « häufig blosse Phrase », Schlegel, Vorlesungen über schöne Literatur und Kunst, op. cit., p. 461.

29 August Wilhelm Schlegel à Albertine Necker de Saussure, Pise, 30 décembre 1815, Bibliothèque de Genève, ms. fr. 2574, 71r–72v.

30 Ibid.

31 Extrait de F. Schlegel, Bibliothèque de Genève, ms. fr. 4463/6.

32 August Wilhelm Schlegel, Winckelmann’s Werke, éd. C. L. Fernow, Heinrich Meyer et Johann Schulze, 1808-1811 [compte rendu], Sämmtliche Werke, t. 12, p. 321-383. Des notes plus complètes de Necker de Saussure sur la recension de Winckelmann par Schlegel se trouvent à la Bibliothèque de Genève, ms. fr. 4463/7 : Extrait de Schlegel sur Winkelmann.

33 Extrait de F. Schlegel, Bibliothèque de Genève, ms. fr. 4463/6.

34 August Wilhelm Schlegel, De la mythologie grecque, Œuvres, t. 1, p. 317-329.

35 Notes concernant un ouvrage de Schlegel, Bibliothèque de Genève, ms. fr. 4463/13.

36 Ce texte était probablement prévu pour la Bibliotheca Italiana publiée à Florence par Giuseppe Acerbi ; voir lettre de Schlegel à Acerbi, 3 mars 1816, Alessandro Luzio, Giuseppe Acerbi e la « Biblioteca Italiana », Nuova Antologia di Scienze, Lettere ed Arti, n° 66, 1896, p. 316 sq.

37 August Wilhelm Schlegel, Römische Geschichte, Berlin 1811/12 [compte rendu], Sämmtliche Werke, t. 12, p. 444-512.

38 De la mythologie grecque, p. 320.

39 Ibid., p. 317.

40 Ibid., p. 318.

41 Ibid., p. 324.

42 « Wir müssen also bis auf die älteste Geschichte der Menschheit zurückgehen, um die Wurzel der Poesie aufzufinden », Vorlesungen über schöne Literatur und Kunst, p. 393.

43 De la mythologie grecque, p. 329.

44 Trois chapitres d’une préface pour l’ouvrage de Charles Philippe Moritz : Fiction mythologique des Anciens, Bibliothèque de Genève, ms. fr. 4455/2 ; le classement de ce cahier avec la traduction du Götterlehre de Moritz est, comme on le montrera plus bas, incorrecte, et ce même s’il comprend une enveloppe avec des corrections sur sa traduction, marquée de la mention « Je ne sais si ces corrections de Moritz ont eté faites ».

45 Albertine Necker de Saussure à August Wilhelm Schlegel, SLUB Dresden, Mscr. Dresd. e. 90, XXIX, Nr. 143.

46 Bibliothèque de Genève, ms. fr. 4455/1. Le titre indique que ce travail aurait été lui aussi publié sans nommer la traductrice. Le texte comprend 296 pages manuscrites, dont le premier paragraphe Gesichtspunkt für die mythologischen Dichtungen, ne nous est parvenu que de manière incomplète.

47 Jean Delisle, Albertine Necker de Saussure, p. 124 sq. La succession a préservé les feuilles d’après lesquelles la traduction a été réalisée : Götterlehre oder mythologische Dichtungen der Alten. Zusammengestellt von Karl Philipp Moritz. .... Zweite unveränderte aber wohlfeilere Ausgabe, Berlin, Unger, 1795 (Bibliothèque de Genève, ms. fr. 4455/3) ainsi que les gravures qui y figurent (4455/4).

48 Voir Pierre Kohler, Madame de Staël et la Suisse, Lausanne/Paris, Payot, 1916, p. 639 sq.

49 Bibliothèque de Genève, ms. fr. 4455/1 (première citation d’après Delisle : Albertine Necker de Saussure, p. 124) ; le Discours existe en deux versions, nous citons la plus récente.

50 Voir Schlegel, Vorlesungen über schöne Kunst und Litteratur, op. cit., p. 269–276.

51 « Si les Fictions mythologiques obtiennent quelque succès, le traducteur en donnera pour ainsi dire le complément dans l’Anthoïza. »

52 De l’Education de l’espece humaine, Bibliothèque de Genève, ms. fr. 4463/2.

53 Cahier de notes concernant un ouvrage de J. P. Richter, ms. fr. 4461/5.

54 Albertine Necker de Saussure, L’Éducation progressive, ou étude du cours de la vie, t. 2, 1836, p. 321.

55 Bibliothèque de Genève, ms. fr. 4451, 73r-78r. Le texte est rendu avec l’orthographe de Schlegel.

56 Dante, La Divina Comedia, Purgatorio, Canto XIV, V. 148-150.

57 William Shakespeare, Hamlet, acte 1, scène 5, V. 166 et suiv. ; dans la traduction de Schlegel : « Es giebt mehr Ding’ im Himmel und auf Erden / Als eure Schulweisheit sich träumt, Horatio. » (Shakespeare’s dramatische Werke, traduit par August Wilhelm Schlegel, Berlin, Unger, t. 3, 1798, p. 185.)

58 Voir Johann Wolfgang von Goethe, Zur Farbenlehre, Materialien zur Geschichte der Farbenlehre, Tübingen, Cotta, 1810, t. 2, p. 213 sq.

59 Considérations, p. 290 sq.