“Puissance de la littérature”, “religion de la liberté” : La fonction Staël dans l’œuvre de Benedetto Croce

The power of literature’, ‘The religion of freedom’. The Staël-function in Benedetto Croce’s work

Emma Giammattei

p. 149-162

Citer cet article

Référence papier

Emma Giammattei, « “Puissance de la littérature”, “religion de la liberté” : La fonction Staël dans l’œuvre de Benedetto Croce », Cahiers Staëliens, 69 | 2019, 149-162.

Référence électronique

Emma Giammattei, « “Puissance de la littérature”, “religion de la liberté” : La fonction Staël dans l’œuvre de Benedetto Croce », Cahiers Staëliens [En ligne], 69 | 2019, mis en ligne le 03 mai 2022, consulté le 11 août 2022. URL : https://cahiersstaeliens.edinum.org/326

Benedetto Croce s’est toujours intéressé à l’œuvre de G. de Staël. Il valorise chez elle la figure historique, mais surtout sa conception de l’art : l’œuvre reste pour elle indissociable de valeurs morales et politiques qui la dotent d’une fonction cognitive aux fondements de la sociologie littéraire. Croce souligne aussi l’analyse dynamique de Staël, soucieuse d’élucidation et de dialogue. Staël représente ainsi un repère majeur de la pensée de Croce.

Tout au long de sa vie, Benedetto Croce a montré le plus vif intérêt, qui plus est sans préjugés, pour la personnalité et l’œuvre de la « Signora di Staël » – comme il la nomme en italien –, écrivaine de génie, fondatrice avec Schiller et les frères Schlegel de la critique et de l’idée proto-romantique d’art et de littérature, enfin théoricienne militante de la « religion de la liberté1 » en Europe entre le XVIIIe et le XIXe siècle. Le jugement de Croce sur Madame de Staël a en effet toujours été préservé des discriminations « de genre » à l’encontre de la femme Germaine de Staël, à l’inverse d’autres auteurs appartenant au cercle des disciples de Croce, comme Adolfo Omodeo2 et Carlo Antoni3 notamment, qui évoquent des « passions moins pures » dans leurs interventions, rédigées toutefois pour préconiser une circulation accrue et plus rigoureuse des ouvrages de Madame de Staël et de la notion de « pensée libérale », qu’elle eut le mérite de formuler en premier. Dans une page capitale de son Histoire d’Europe, Croce la représente en effet comme une femme – « une femme, madame de Staël » – à l’esprit moins philosophique, voire non philosophique par rapport à Hegel, mais « considérablement supérieure4 » à lui pour son esprit libéral, au point que celui d’Hegel apparaît en comparaison comme servile.

Dans le jugement de Croce prévaut une admiration sincère pour son esprit « fort et perspicace », pour sa capacité à jouer un rôle de premier plan dans son époque et pour une « femme historique » qui parlait sur un pied d’égalité avec la reine de Naples, comme on peut le lire dans le précieux récit de 1917, La Signora di Staël e la regina Maria Carolina di Napoli, à propos de sa rencontre avec la souveraine en 1905. On y voit la figure de Madame de Staël en tant qu’opposante de Napoléon, capable d’observer attentivement la Reine et de formuler dans sa correspondance un jugement tranché, bien que peut-être trop compatissant, sur son rôle d’instrument presque aveugle de l’histoire. On trouve également dans ce récit, outre des références au voyage en Italie, un voyage politique et relationnel à la fois, dont Madame de Staël retrace les impressions dans son roman Corinne ou l’Italie : ouvrage que Croce juge déséquilibré à cause des éléments hétérogènes qui s’y mêlent, et à cause surtout – remarque-t-il par la suite – d’une confession personnelle à peine dissimulée5. Il attire aussi l’attention sur la manière dont le séjour napolitain influence l’idée staëlienne de la poésie comme sentiment, qu’elle modifie presque au contact de l’air, des merveilles de la nature et des parfums du sud en y ajoutant l’enthousiasme et la vibration des sens6. D’autre part, si l’on considère le rôle catalyseur du roman staëlien dans le Zibaldone de Leopardi, on comprend la nature profondément fragmentée et subjective du modèle moraliste, à cheval entre plusieurs genres – journal, récit de voyage, réflexion – et qui aboutit souvent à des textes qui n’appartiennent à aucun modèle précis. Leopardi déclare dans une note de 1821 qu’il n’a pu se croire philosophe qu’après avoir lu les œuvres de Madame de Staël :

Dedito tutto e con sommo gusto alla bella letteratura, io disprezzava ed odiava la filosofia. I pensieri di cui il nostro tempo è così vago, mi annoiavano. Secondo i soliti pregiudizi, io credeva di esser nato per le lettere, l’immaginazione, il sentimento, e che mi fosse del tutto impossibile applicarmi alla facoltà tutta contraria a queste, cioè alla ragione, alla filosofia, alla matematica delle astrazioni, e il riuscirvi. Io non mancava della capacità di riflettere, di attendere, di paragonare, di ragionare, di combinare, della profondità ec. ma non credetti di esser filosofo se non dopo lette alcune opere di Mad. di Staël7.

Croce entend d’abord mettre en relief, dans cet extraordinaire parcours, la conception staëlienne de la « nature théorétique de l’art », la force cognitive dont elle dispose grâce aux images et donc la proposition selon laquelle le jugement critique sur les œuvres poétiques et artistiques crée « des valeurs spirituelles, vivantes, dont chacune est en relation avec l’époque et la société où elle a été créée ». La perspective de cette sociologie littéraire naissante, si efficace, doit être refomulée : Croce la concentre donc sur le texte poétique proprement dit, doté d’une réglementation purement interne même si, sur ce point, Madame de Staël est plus sensible, en comparaison avec les idéologues allemands, au lien essentiel et réciproque qui unit la poésie et la liberté.

À ces pages ponctuellement consacrées aux questions esthétiques et historiographiques abordées par Germaine de Staël dans De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales (1800) et De l’Allemagne (1807), il faut ajouter les nombreux jugements apportés par le philosophe lors de ses analyses. On trouve fréquemment des hommages à la sagacité et à la sagesse des observations de Staël, que Croce cite et approfondit, comme par exemple la notion de « classique », contre celle de « romantique8 » ou le concept de « caractère », pour un peuple ou sa littérature.

La production staëlienne se prête d’ailleurs remarquablement à ce type de commentaires. En lecteur avisé, Croce remarque dans les textes de la « fille spirituelle de Jean-Jacques9 » la persistance d’un style discursif, une tendance à l’aphorisme et la capacité d’achever un raisonnement de prime abord complexe et difficile à retenir – c’est particulièrement le cas dans De la littérature. Il s’agit là d’un trait de communication qui ne déplait pas à Croce, allergique au jargon philosophique et lui-même enclin à la conversation critique. On se demande même si ce caractère fluide et artistique de l’écriture staëlienne n’a pas fini par pénaliser, dans la société fermée des philosophes, l’image de cette intellectuelle qui plus est consciente, en tant que femme, de son « importune supériorité10 ». Elle joue en effet, au même titre que Croce, un rôle majeur dans la théorisation de notions fondamentales de l’histoire culturelle et politique de l’Europe moderne, et qui outrepasse la fonction traditionnellement « féminine » de vulgarisation et de médiation de ces mêmes théories. En réalité l’histoire de l’accueil réservé à Madame de Staël en Italie peut se résumer à un diagramme discontinu, sur deux niveaux. Si d’un côté la pensée libérale émergente, reliée à une certaine idée de l’Europe, la considère comme une protagoniste importante, de l’autre, sur le plan esthético-critique et historico-littéraire, la connaissance précise de Staël disparaît derrière une immense renommée devenue trop tôt canonique et qui se limite à quelques titres cités isolément – exception faite bien sûr de l’article « De l’esprit des traductions » et de la célèbre polémique qu’il engendre. Il faut aussi mentionner Corinne, le « célèbre roman de matière italienne11 », véritable épitomé de l’histoire européenne amalgamé dans le genre du Grand Tour que l’écrivaine bouleverse par les thèmes qu’elle aborde. Sans oublier la réflexion analytique et prophétique autour de l’Allemagne. Il a fallu attendre les années 1990 pour que la critique léopardienne commence à mesurer la profondeur et l’ampleur de l’influence de Corinne sur la pensée de Leopardi, et reconnaisse que l’œuvre staëlienne reste une source d’inspiration majeure pour le Zibaldone, dans la lignée des récents travaux qui reconstituent le dense circuit de la circulation et de la transformation du savoir proto-romantique en Italie12.

Grâce à ces récentes études, et comme l’observe prudemment Omodeo dans La Critica en 1935, il n’est pas exagéré de reconnaître à la fille de Necker un rôle majeur dans la formation politique, littéraire et culturelle de l’Europe post-napoléonienne. Carlo Pellegrini, du même avis, identifie chez les écrivains du Groupe de Coppet – Staël, Constant, Bonstetten, Sismondi – une aspiration commune qui les rend particulièrement intéressants : celle de se forger un esprit le plus européen possible, en réalisant la tendance au cosmopolitisme déjà exprimée par leur maître Rousseau, mais en articulant l’unité européenne à la diversité des consciences nationales13.

En 1943 encore Carlo Antoni, l’un des intellectuels les plus actifs parmi les disciples de Croce, présente Dix années d’exil comme une biographie exemplairement engagée, fondée sur une liberté de pensée non pas systématique, mais au sens de rythme, de mouvement et de principe dynamique de l’histoire. Il précise en outre que les historiens et les biographes n’ont pas suffisamment reconnu le rôle politique et culturel majeur de Madame de Staël.

Dans ce contexte, la réflexion pionnière de Benedetto Croce sur la place à attribuer à l’écrivaine et théoricienne dans les deux domaines, l’histoire esthétique et critique, et la pensée libérale revêt une importance considérable : ces deux domaines sont étroitement liés, aussi bien dans le parcours de Croce que dans celui de Madame de Staël. Dans la période qui culmine avec l’Histoire d’Europe d’une part et La Poésie de l’autre, soit entre 1917 et 1936, Croce identifie plusieurs figures et plusieurs ouvrages de la période proto-romantique qu’il considère comme le point de départ de la révolution esthétique qu’il a menée, parlant de « l’époque où […] l’histoire littéraire et artistique fut créée ». Or c’est justement à cette période que le mot de « littérature » se substitue à celui de « belles Lettres » en France, comme « letteratura » remplace « eloquenza » en Italie.

Presque en même temps, et dans un autre espace de la culture européenne, les philosophes Joachim Ritter et Michel Foucault, l’un le soutenant, l’autre s’opposant à l’hégélianisme, identifient comme un seuil stratégique le moment où les savoirs, scientifique et humains, se partagent entre taxonomie scientifique et réinvestissement sémantique de l’imaginaire14. Le langage, devenu objet d’analyse dans la recherche de racines communes et de comparaisons linguistiques, redevient une valeur expressive irréductible dans l’espace absolu de la littérature. Un nouveau champ d’action se forme alors, cette valeur n’étant pas confinée dans son pouvoir indéchiffrable, mais remise en jeu grâce à un groupe d’écrivains qui se donnent pour mission d’affirmer la liberté et l’autonomie de la littérature. Primauté du savoir littéraire et mission sécularisée des intellectuels laïcs vont de pair15.

Il s’agit là d’une interprétation qui remonte avant tout à la pensée esthétique de Croce, non seulement parce que LEstetica come Scienza dell’espressione e Linguistica Generale veut soustraire aux sciences positives le langage en tant que force expressive, et cela dès le titre, dans un parcours dont on ne retrace ici que les étapes les plus importantes. Lors de la conférence d’Heidelberg de 1908, L’Intuizione pura e il carattere lirico dell’arte, Croce identifie, parmi les « esthètes de la période romantique » le point précis d’où l’enquête doit repartir, à savoir l’« affirmation de la nature théorétique de l’art, et de la différence entre sa démarche cognitive et celle de la science et de la logicité ».

Mais que possède l’art ?, se demande Croce. « Sa seule richesse, ce sont ses images. Il ne classe pas les objets, il ne les déclare pas réels ou imaginaires, pas plus qu’il ne les définit. Il les perçoit et il les représente. Rien de plus16 ». Il signale par la suite, dans La Riforma della storia letteraria ed artistica della poesia en 1917, les ouvrages où la critique artistique littéraire moderne s’est exprimée avant lui :

[…] il trattato dello Schiller sulla Poesia ingenua e sentimentale (che si propagò in innumerevoli storie e sistemi né ancora ha perso del tutto il suo vigore espansivo), la Storia della letteratura antica e moderna di Federico Schlegel e la parte storica della Estetica hegeliana;per la Francia Il Genio del cristianesimo dello Chateaubriand e i libri della Staël, e anzitutto quello De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales ; e per l’Italia la sapienza poetica ed omerica del Vico e la Storia della letteratura del De Sanctis17.

L’essai de 1917 revêt donc un intérêt particulier en raison de sa démarche succincte et essentielle, qui relate en même temps l’émergence progressive d’un paradigme de la littérature européenne et les orientations méthodologiques les plus récentes de la pensée de Croce, telles qu’elles sont mises en lumières par la critique de la seconde moitié du XIXe siècle. Il ajoute encore, à propos de ces auteurs :

Invero, per merito di costoro le opere della poesia e dell’arte cessarono, si può dire per la prima volta, di formare mero oggetto di raccolte erudite ed antiquarie, o di giudizi dommatici ed arbitrari, e si cominciò a risentirle e concepirle come viventi valori spirituali, e ciascuna in relazione col tempo e con la società in cui nacque. La critica smise il suo abito polveroso e pedantesco, il suo atteggiamento frigido ed arcigno, e si fece simpatica alle opere delle quali trattava, affisandone e godendone la sostanziale bellezza e indulgendo ai difetti parziali e secondari : il che tanto piacque alla Staël, quando le accadde di ascoltare a Vienna le lezioni di Guglielmo Schlegel : « un critique (com’ella scrisse) éloquent comme un orateur, et qui, loin de s’acharner aux défauts, éternel aliment de la médiocrité jalouse, cherchait seulement à faire revivre le genie créateur ». In altri termini, allora la critica si convertì, da erudita e da dommatica, in istorica, ossia in istoria della poesia e dell’arte, affermativa come ogni storia, e non già negativa, al modo dell'arbitrio individuale ; e codesto fu sì grande acquisto, e rimane per noi così saldo e fruttifero patrimonio, da farci obbligo per lo meno di osservare verso quei critici la massima che essi introdussero, e venire dichiarando anzitutto ciò che essi attuarono, e non a ciò che punto non tentarono o non riuscirono ad attuare, il loro pregio e non il loro difetto18.

Ce défaut apparaît, pour Croce, au moment de classer les œuvres produites par une culture nationale et de les comparer entre elles afin d’« en extraire certains caractères généraux », ce qui engendre des définitions fondées sur des couples antinomiques comme naïf-sentimental, classique-romantique ou ancien-moderne. D’après le philosophe, « les expressions artistiques semblaient être utilisées comme documents, non pas en tant que sujet et but mais en tant qu’outil et instrument de reconstruction historique ». Il soulève ici, en somme, une question de philosophie de l’histoire qui concerne, à bien des égards, le modèle semblable d’histoire de la littérature italienne représenté par De Sanctis.

Madame de Staël a d’ailleurs précisé que pour cerner le caractère d’une littérature nationale, elle n’utilise que les œuvres propices à l’exemplification. Comme Croce l’a bien compris, De la littérature est donc surtout un livre composite et qui affirme la puissance de la littérature et de la parole‑action :

Mais l’art d’écrire serait aussi une arme, la parole serait aussi une action, si l’énergie de l’âme s’y peignait tout entière, si les sentiments s’élevaient à la hauteur des idées, et si la tyrannie se voyait ainsi attaquée par tout ce qui la condamne, l’indignation généreuse et la raison inflexible19.

On parle parce qu’on agit. Derrière cette affirmation apparaît l’anthropologie comparée d’Humboldt pour qui, comme le résume parfaitement Ezio Raimondi « ogni lingua costituisce un mondo concettuale, un insieme ordinato di strutture e di idee, che non può mai essere disgiunto dal contesto della situazione culturale di colui che parla e dalla realtà che lo circonda, plasmandolo ed essendone a sua volta plasmata20 ».

En 1931, à Budapest, lors du premier colloque international de « Méthodologie de l’histoire littéraire moderne21 », dans un discours remarquable bien qu’improvisé, Croce propose à nouveau ce même panthéon de noms, placés sous le signe d’une pensée bilingue et de l’union de la théorie et de l’histoire, comme de la philosophie et de la littérature :

C’è stato, del resto un tempo nel quale questa unità di teoria e storia, di filosofia e letteratura era generalmente affermata o, almeno, sentita e praticata : l’età nella quale appunto nacque la storia della poesia, della letteratura, l’età della grande filosofia idealistica e romantica, quella dello Herder, di Guglielmo di Humboldt, di Federico Schlegel, quella che la signora de Staël fece conoscere alla Francia e a tutta l’Europa occidentale. E questa tradizione conviene ripigliare22

Ajoutons que la question du caractère national de la littérature est toujours présente chez Croce, surtout lorsqu’il doit l’opposer, dans les années 1930, à son sens nationaliste : on voit alors, dans les recensions critiques de Croce, enfler la polémique contre ces « philologues qui ont des idées », de Bédier à Frings, voire Curtius, partisans du caractère français ou germanique de la culture européenne. Le caractère d’un peuple, c’est son histoire23.

Étranger au mythe des origines – qui est un mythe romantique – Croce s’intéresse plutôt au problème de la finalité et à la marche à suivre pour une communauté qui tire son identité de l’action partagée ; cette perspective historiciste présente d’évidents points communs avec la notion staëlienne de pensée comme action, comme avec sa conception de l’histoire. Il faut en outre souligner, dans la façon dont a été perçu et accueilli le romantisme européen en Italie, le rôle majeur joué par le texte de F. Schlegel, traduit par Francesco Ambrosoli et qui reste très important pour De Sanctis et Croce. Or la vaste circulation de l’Histoire de Schlegel a longtemps estompé l’influence du livre de Madame de Staël, De la littérature dans ses rapports avec les institutions sociales, remarqué plus tard par Curtius lors de sa conférence sur « Friedrich Schlegel et la France », tenue à la Sorbonne la même année que paraît Die französische Kultur24. Enfin, les pages de Madame de Staël ont été mises en valeur et dans le livre de Jauss, L’Histoire littéraire comme provocation, à propos des définitions de romantique-moderne et de la « querelle des anciens et des modernes25 ». Il suffit de lire l’incipit de l’Histoire de la littérature ancienne et moderne :

Mi propongo di abbozzare un quadro generale dello sviluppo e dello spirito della letteratura presso le più illustri nazioni antiche e moderne, rappresentando innanzi tutto la letteratura nei suoi effetti sopra la vita reale, sopra il destino delle nazioni e sul procedimento dei tempi. Nell’ultimo secolo è avvenuto, principalmente in Germania un gran cambiamento nella coltura intellettuale […] prima d’allora la classe dei letterati era affatto separata dal restante del mondo […] la lingua patria era assai negligentata26.

Voici l’introduction De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales :

Je me suis proposé d’examiner quelle est l’influence de la religion, des mœurs et des lois sur la littérature, et quelle est l’influence de la littérature sur la religion, les mœurs et les lois. Il existe, dans la langue française, sur l’art d’écrire et sur les principes du goût, des traités qui ne laissent rien à désirer ; mais il me semble que l’on n’a pas suffisamment analysé les causes morales et politiques, qui modifient l’esprit de la littérature. Il me semble que l’on n’a pas encore considéré comment les facultés humaines se sont graduellement développées par les ouvrages illustres en tout genre, qui ont été composés depuis Homère jusqu’à nos jours27.

Le propos qui ouvre l’Histoire de la littérature ancienne et moderne de Friedrich Schlegel, et qui en constitue la source d’inspiration, réaffirme efficacement la primauté de la littérature et son influence considérable sur la culture européenne du début du XIXe siècle, atteignant un niveau sans précédent dans l’histoire intellectuelle. Dans la culture allemande notamment, comme dans la culture italienne, la primauté du littéraire et l’identité linguistique de la littérature se substituent à la Nation encore à venir.

Tout en privilégiant différents sujets, bien que contigus, Madame de Staël s’intéresse à la nation en tant que communauté et en tant qu’organisme moral et anthropologique : la nation, c’est le style d’un peuple. Après la succession de violences et d’espoirs provoquée par la Révolution, elle en vient aux institutions. Sa conception inclusive de la littérature, intégrant les ouvrages poétiques, philosophiques et intellectuels est très avancée et moderne au sens européen :

Avant d’offrir un aperçu plus détaillé du plan de cet ouvrage, il est nécessaire de retracer l’importance de la littérature, considérée dans son acception la plus étendue ; c’est-à-dire, renfermant en elle les écrits philosophiques et les ouvrages d’imagination, tout ce qui concerne enfin l’exercice de la pensée dans les écrits, les sciences physiques exceptées.

Mais elle souligne d’emblée, avec lucidité, la spécificité des intellectuels allemands déterminés par leur situation :

Le régime féodal auquel l’Allemagne est soumise, ne lui permet pas de jouir de tous les avantages politiques attachés à la fédération. Néanmoins la littérature allemande porte le caractère de la littérature d’un peuple libre ; et la raison en est évidente. Les hommes de lettres d’Allemagne vivent entre eux en république ; plus il y a d’abus révoltants dans le despotisme des rangs, plus les hommes éclairés se séparent de la société, et des affaires publiques. Ils considèrent toutes les idées dans leurs rapports naturels ; les institutions qui existent chez eux sont trop contraires aux plus simples notions de la philosophie, pour qu’ils puissent en rien y soumettre leur raison.

La primauté de la littérature – dans la signification la plus vaste du terme, incluant l’écriture philosophique et rhétorique, lieu privilégié de la Bildung – restitue à la parole et à l’argumentation une fonction essentielle dans le progrès de la société et de l’histoire, après le dévoiement de la raison sous la Terreur.

Dans la dimension la plus profonde de la pensée de Croce, Madame de Staël incarne alors les idées les plus évocatrices : une littérature entendue comme libératrice d’énergies et œuvre de civilisation, la liberté comme principe dynamique intrinsèque, l’esthétique comme l’univers de la plus grande liberté et la poésie comme « valeur spirituelle vivante ». On a souvent parlé de l’hommage éloquent que Croce rend à Staël dans l’une des premières pages de l’Histoire d’Europe, texte chargé sur le plan éthique autant que sur le plan politique ; par la suite, dans son chapitre intitulé « Le romantisme », le philosophe souligne le lien très étroit qui unit le « romantisme moral » et la « religion de la liberté », soit le mot romantique et le mot libéral. De cette manière, le romantisme en tant qu’excitation et « maladie sentimentale » se voit tempéré et se transforme, de maladie, en mal de croissance28. Dans ce contexte, la construction de la nouvelle nation dans et pour la littérature, comme la relation entre la culture littéraire et la société historique, entre la suprématie de la littérature et l’esprit général d’une époque, sans oublier le rôle de l’intellectuel, reviennent au cœur de la réflexion de Croce. Il faut dire qu’au fur et à mesure que le philosophe concilie la prise en compte de l’efficacité des institutions littéraires dans l’histoire de la civilisation avec le privilège attribué au domaine esthétique et à l’acte poétique, en tant qu’organisme vivant doué d’une législation interne, il réévalue le rôle de la pensée staëlienne dans la création artistique.

Pour Croce, Madame de Staël réussit à formuler des idées qui ont échappé aux esthètes avec lesquels il dialogue : lorsqu’elle nie, par exemple, la valeur esthétique des sujets en peinture, au profit de la forme, autrement dit de la peinture en soi ; lorsqu’elle analyse le pétrarquisme comme une maladie de la littérature italienne, ou encore lorsqu’elle identifie, comme Leopardi le reprend, l’antique à l’enfance individuelle, accordant une prééminence à Homère et à une sorte de primitivisme classique. C’est ce que l’on observe dans la Poésie, livre où s’affirme une conception de la littérature comme institution parmi les institutions, et où la relation entre théorie de l’art et théorie du beau est réorientée par Croce, qui reprend le modèle rhétorique et sa tradition, dont se détache l’acte poétique, signe permanent du génie. Parmi les nombreuses allusions, on peut citer, à propos de L’Unité d’inspiration :

In una lettera del Clausewitz è serbata un’acuta osservazione estetica della Staël : « La signora di Staël » scriveva il Clausewitz da Losanna, il 16 agosto 1807 « si doleva dei lunghi periodi della prosa tedesca. Io osservai che questa lunghezza ha nondimeno una certa energia : essa mi colpì col dire : che questo vantaggio, purché non lo si paghi troppo caro, è in dubbio : “car il serait à désirer de pouvoir rendre tout un livre par un seul souffle”»29.

Et surtout sur l’idée, historique et métahistorique, de classique :

La classicità è da intendere in senso affatto ideale come sinonimo di perfetta poesia e, in fondo, nel suo significato originario (di cosa « del primo ordine »). Contro di ciò sta il senso storiografico di quella parola, riferita al mondo greco-romano, pel quale si parla non solo di classicità nella poesia e nelle altre arti, ma anche nella filosofia, nella politica, e via. Già la Staël conosceva e distingueva i due sensi.
« On prend quelquefois le mot « classique » comme synonyme de 'perfection'. Je m’en sers ici dans une autre acception, en considérant la poésie classique comme celle des Anciens et la poésie romantique comme celle qui tient de quelque manière aux traditions chevaleresques »
(De l’Allemagne, Didot, Paris, 1857, part. II, chap. 11)30.

L’œuvre staëlienne reste donc un repère important pour Croce, qui la considère toujours avec respect et empathie.

En 1944, il accueille de façon très élogieuse la traduction de De l’Allemagne, à un moment historique pourtant dramatique pour l’Europe. Après avoir stigmatisé la superficialité et la tiédeur de l’introduction de Trompeo, il reprend le discours de la grande écrivaine et intellectuelle sur le cas allemand. Sa recension critique fait l’apologie de la perspicacité des observations de Staël et, en même temps, un portrait exhaustif de sa personnalité. Leopardi avait déjà souligné, dans son Zibaldone le jugement de madame de Staël sur l’Allemagne, « patrie de la pensée ». Croce développe en 1944 la question de la nation qui produit un peuple de philosophes et une saison, le Goethezeit, qu’il définit comme la troisième Renaissance. Il s’agit d’une discussion passionnée, qui reprend les réflexions du célèbre texte de 1936, La Germania che abbiamo amata :

La Staël colse con occhio sicuro il gran momento creativo ed egemonico del pensiero e della cultura tedesca, che, preparatosi lentamente nel corso del settecento col leibnizianismo, venne a piena fioritura negli ultimi decenni di quel secolo e nei primi dell'Ottocento. Parve che si fosse formato allora in Europa un popolo di filosofi che con la profonda meditazione e l’indefesso lavoro, mentre gli altri erano intenti a polemiche e riforme politiche e sociali, aveva raccolto in sé l’eredita del pensiero dei secoli e portatolo a nuova e singolare altezza, respingendo con dispregio il sensismo, I’edonismo, I’utilitarismo, il materialismo e l’astratto razionalismo, nei quali si era cullata la società del Settecento. Un popolo ; perché la pleiade di spiriti possenti e geniali che la Germania allora generò aveva intorno a sé in numeri ingegni minori, tutti presi dal medesimo interesse, tutti pronti a ricevere in sé e trasmettere le vibrazioni dei grandi e a farle passare nel piano della rimeditazione, dell’applicazione, della critica e degli ulteriori svolgimenti. Noi ora scorgiamo chiaro e sappiamo per le più accurate indagini condotte nei documenti dei due secoli precedenti, che quel moto, o quella esplosione, si riattaccava al pensiero e alla cultura degli altri paesi europei, a un’oscura preparazione, e che non fu gia un miracoloso intervento di Deutschtum o germanismo prorompente d'un tratto dal fondo misterioso di una vergine razza che attestava con quello l’esser suo affatto proprio e straniero agli altri e che tale si sarebbe mantenuto. Ma, anche riconosciuto questo stretto legame coi pensieri e con gli stimoli e coi presentimenti dell’Italia del rinascimento e del post-rinascimento, della Francia cartesiana e pascaliana, dell’Inghilterra dello Shaftesbury, del Locke e dello Hume e via dicendo e particolareggiando, rimane l’originalità e l’eterno vigore dell’opera compiuta in quei quaranta o cinquant’anni dai pensatori tedeschi31.

Il écrit en 1936 :

Ma, se anche si consideri solo la grande epoca tedesca, celebrata per la sua originalità, quella di cui si segna il culmine tra il 1780 e il 1830, quella che è la prima e vera affermazione della Germania nel dominio della cultura, quella che è la sua gloria più fulgida, essa ci si mostra non come un'infusione di « germanesimo (che non si sa che possa mai essere) nella vita europea e mondiale, ma come un potenziamento e compimento di questa stessa vita europea e mondiale32.

Croce ajoute toutefois que Madame de Staël a déjà été frappée, en Allemagne, par le contraste entre l’audace extrême de la pensée et la soumission politique ou le manque de « grands sentiments publics, d’amour de la patrie et de liberté33 » qui découle du contexte historique. Toutefois, au cœur de cette déchéance morale et politique de l’Allemagne, le philosophe, régulièrement accusé de germanophilie, réaffirme que l’analyse de Staël, tout en illustrant un moment glorieux de l’esprit germanique, analyse les signes alarmants de la scission entre culture et valeur, entre humanisme technique et liberté de l’homme, non pas comme un caractère essentiel, mais historique, et seulement historique.

Grâce à son extraordinaire faculté anticipation, l’analyse staëlienne reste précieuse pour Croce. En témoigne, dans ce texte peu connu, la valeur rhétorique évidente de la « fonction Staël » dans cet extrait. Le philosophe intègre pleinement l’argumentation de Madame de Staël à sa propre écriture. Il projette aussi, sur ses argumentations plus anciennes, ses propres convictions, virulentes et, en 1944, encore caustiques. Une adhésion si complète, et en l’occurence à la fois stratégique et défensive (ipsa dixit) constitue un hommage rare et réservé à de rares auctores, modèles de vie et maîtres à penser34.

1 Cette formule figure dans un article de Staël paru en 1792 : voir Valentini, Francesco, Il pensiero politico contemporaneo, Roma-Bari, Laterza, p. 

2 Omodeo, Adolfo « Gli inizi della storiografia della Rivoluzione Francese : la signora di Staël », La Critica, XLI, 1943, fasc. 1, p. 25-44.

3 Antoni, C. Introduzione a Signora di Staël, Dieci anni d’esilio, trad. Corrado Rossi Saxer, Rome, Atlantica, 1945, p. vii-xxvii. Voir Madame de 

4 Croce, Benedetto, Storia d’Europa nel secolo decimono, cit. p. 19.

5 Croce, Benedetto, La Poesia. Introduzione alla critica e storia della poesia e della critica [1936], éd. Giuseppe Galasso, Milan, Adelphi, 1994, p. 

6 Croce, Benedetto, « La signora di Staël e la regina Maria Carolina di Napoli », Uomini e cose della vecchia Italia, (1927) II, Bari, Laterza, 1943

7 Leopardi, Giacomo, Zibaldone 1742 (19 septembre 1821), d’après l’éd. Pacella, 3 vol. Milan, Garzanti, 1991.

8 Croce, Benedetto, La Poesia. Introduzione alla critica e storia della poesia e della critica [1936], op. cit., p. 313 et sq.

9 « La signora di Staël e la regina Maria Carolina di Napoli », op. cit. p. 182.

10 Staël, Germaine de, « Des Femmes qui cultivent les lettres », De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales, éd.

11 « La signora di Staël e la regina Maria Carolina di Napoli », op. cit. p. 182.

12 Riccardo Bonavita, Leopardi, descrizione di una battaglia, éd. Giuliana Benvenuti, introd. Marco A. Bazzocchi, Turin, Aragno, 2012. Voir aussi Vie

13 Omodeo, Adolfo, recension de Carlo Pellegrini, « Il gruppo di Coppet. Mme de Staël e i suoi amici secondo nuovi documenti », La Critica, XXXIII

14 Voir Ritter, Joachim, Soggettività, éd. Tonino Griffero, Gênes, Marietti, 1997 et Michel Foucault, Le Parole e le cose, avec un essai de Georges

15 L’analyse de Paul Bénichou reste toujours valable : Le Sacre de l’écrivain, Paris, Corti, 1973.

16 Croce, Benedetto, « L’intuizione pura e il carattere lirico dell’arte », La Critica, 1908, VI, 1908, p. 329 ; et Croce, Benedetto, Problemi di

17 Croce, Benedetto, « La riforma della storia letteraria ed artistica », La Critica, XVI, 1918, fasc. 1, p. 2-3, et Nuovi Saggi di estetica, Bari

18 Ibidem.

19 De la Littérature, p. 26-27.

20 Ezio, Raimondi, « La violenza del nuovo », Scienza e letteratura, Turin, Einaudi, 1978.

21 Croce, Benedetto, Taccuini di lavoro : 1927-1936, Naples, Arte Tipografica, 1987, vol. III, p. 251-253.

22 Croce, Benedetto, Metodologia e storiografia letteraria, op. cit., vol. I, p. 185-186.

23 Voir Giammattei, Emma, « L’origine e la meta. Croce e le letterature d’Europa » (2002), La Lingua laica. Una tradizione italiana,Venezia, Marsilio

24 Letteratura della letteratura. Saggi critici, trad. italienne Ernst Robert Curtius, éd. Lea Ritter Santini, Bologne, Il Mulino, 1984.

25 Jauss, Hans Robert, Storia della letteratura come provocazione, éd. et trad. Piero Cresto-Dina, Turin, Bollati Boringhieri, 2016, p. 70 et sq.

26 Schlegel, Friedrich von, Storia della letteratura antica e moderna [1815], trad. Francesco Ambrosoli, Naples, Tipografia della Sibilla, 1834, p. 11

27 De la Littérature, p. 14.

28 Storia d’Europa nel secolo decimonono [1932], sous la direction de G. Galasso, Milano, Adelphi, 1999, p. 69 : « I migliori spiriti, partecipi com’

29 La Poesia. Introduzione alla critica e storia della poesia e della critica, p. 96.

30 « Classicità », p. 124.

31 Recension de La Germania della signora di Staël, avec préface de Pietro Paolo Trompeo, Turin, De Silva, 1943, La Critica, XLII, 1944, fasc. 1-2, p.

32 La Germania che abbiamo amata, La Critica, XXXIV, fasc. 6, p. 461-466.

33 « La Staël fu colpita da questo fatto : le pareva che i tedeschi dei suoi giorni “non avessero quel che si chiama carattere” ; “sono virtuosi

34 À propos de cette modalité rhétorique (sermocinatio), voir Giammattei, Emma, Retorica e idealismo. Croce nel primo Novecento, Bologne, Il Mulino

1 Cette formule figure dans un article de Staël paru en 1792 : voir Valentini, Francesco, Il pensiero politico contemporaneo, Roma-Bari, Laterza, p. 124 et Lo stato sociale nel pensiero politico contemporaneo. L’Ottocento, éd. Claudio De Boni, Firenze, University Press, 2007, p. 49. Croce signale pour sa part la suprématie de ce qu’il appelle « religion » chez les intellectuels proches de Mme de Staël, dans le premier chapitre, « La religione della libertà », Storia d’Europa nel secolo decimonono [1932], éd. Giuseppe Galasso, Milano, Adelphi, 1991, p. 11-30.

2 Omodeo, Adolfo « Gli inizi della storiografia della Rivoluzione Francese : la signora di Staël », La Critica, XLI, 1943, fasc. 1, p. 25-44.

3 Antoni, C. Introduzione a Signora di Staël, Dieci anni d’esilio, trad. Corrado Rossi Saxer, Rome, Atlantica, 1945, p. vii-xxvii. Voir Madame de Staël, Dieci anni d’esilio, introduction de B. Craveri, Locarno, Armando Dadò, 2006.

4 Croce, Benedetto, Storia d’Europa nel secolo decimono, cit. p. 19.

5 Croce, Benedetto, La Poesia. Introduzione alla critica e storia della poesia e della critica [1936], éd. Giuseppe Galasso, Milan, Adelphi, 1994, p. 51 : « […] anche una donna dalla mente perspicace e forte, come la Staël, nei suoi romanzi si aggiròtra le vicende personali e sentimentali ». Voir l’édition de Cecilia Castellani, avec une note de Gennaro Sasso, Naples, Bibliopolis, 2017.

6 Croce, Benedetto, « La signora di Staël e la regina Maria Carolina di Napoli », Uomini e cose della vecchia Italia, (1927) II, Bari, Laterza, 1943, p. 182-192.

7 Leopardi, Giacomo, Zibaldone 1742 (19 septembre 1821), d’après l’éd. Pacella, 3 vol. Milan, Garzanti, 1991.

8 Croce, Benedetto, La Poesia. Introduzione alla critica e storia della poesia e della critica [1936], op. cit., p. 313 et sq.

9 « La signora di Staël e la regina Maria Carolina di Napoli », op. cit. p. 182.

10 Staël, Germaine de, « Des Femmes qui cultivent les lettres », De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales, éd. établie par C. Seth avec la collaboration de V. Cossy, Paris, Gallimard, 2017, p. 239.

11 « La signora di Staël e la regina Maria Carolina di Napoli », op. cit. p. 182.

12 Riccardo Bonavita, Leopardi, descrizione di una battaglia, éd. Giuliana Benvenuti, introd. Marco A. Bazzocchi, Turin, Aragno, 2012. Voir aussi Vie lombarde e venete. Circolazione e trasformazione dei saperi letterari nel Sette-Ottocento fra l’Italia settentrionale e l’Europa transalpina, éd. Helmut Meter et Furio Brugnolo, Berlin-Boston, de Gruyter, 2011.

13 Omodeo, Adolfo, recension de Carlo Pellegrini, « Il gruppo di Coppet. Mme de Staël e i suoi amici secondo nuovi documenti », La Critica, XXXIII, 1935, fasc. 1, p. 63-64 et Il senso della storia, éd. Luigi Russo, 2ème éd. revue et améliorée, Turin, Einaudi, 1955.

14 Voir Ritter, Joachim, Soggettività, éd. Tonino Griffero, Gênes, Marietti, 1997 et Michel Foucault, Le Parole e le cose, avec un essai de Georges Canguilhem, Milan, Rizzoli, 1967. Voir Jean Starobinski, Linguaggio poetico e linguaggio scientifico [1977], Le Ragioni del testo, éd. Carmelo Colangelo, Milan, Bruno Mondadori, 2003, p. 80-83.

15 L’analyse de Paul Bénichou reste toujours valable : Le Sacre de l’écrivain, Paris, Corti, 1973.

16 Croce, Benedetto, « L’intuizione pura e il carattere lirico dell’arte », La Critica, 1908, VI, 1908, p. 329 ; et Croce, Benedetto, Problemi di estetica e contributi alla storia dell’estetica italiana, Bari, Laterza, 1910, désormais dans éd. Massimo Mancini, Naples, Bibliopolis, 2003.

17 Croce, Benedetto, « La riforma della storia letteraria ed artistica », La Critica, XVI, 1918, fasc. 1, p. 2-3, et Nuovi Saggi di estetica, Bari, Laterza, 1920 ; désormais dans M. Scotti, Napoli, Bibliopolis, 1991.

18 Ibidem.

19 De la Littérature, p. 26-27.

20 Ezio, Raimondi, « La violenza del nuovo », Scienza e letteratura, Turin, Einaudi, 1978.

21 Croce, Benedetto, Taccuini di lavoro : 1927-1936, Naples, Arte Tipografica, 1987, vol. III, p. 251-253.

22 Croce, Benedetto, Metodologia e storiografia letteraria, op. cit., vol. I, p. 185-186.

23 Voir Giammattei, Emma, « L’origine e la meta. Croce e le letterature d’Europa » (2002), La Lingua laica. Una tradizione italiana,Venezia, Marsilio, 2008.

24 Letteratura della letteratura. Saggi critici, trad. italienne Ernst Robert Curtius, éd. Lea Ritter Santini, Bologne, Il Mulino, 1984.

25 Jauss, Hans Robert, Storia della letteratura come provocazione, éd. et trad. Piero Cresto-Dina, Turin, Bollati Boringhieri, 2016, p. 70 et sq.

26 Schlegel, Friedrich von, Storia della letteratura antica e moderna [1815], trad. Francesco Ambrosoli, Naples, Tipografia della Sibilla, 1834, p. 11. C’est la première page de la Prima Lezione. Cet ouvrage fut également traduit en français et circula en France et en Suisse ; voici le même passage tiré de l’édition de 1829 de l’Histoire de la littérature ancienne et moderne, traduite de l’allemand par William Duckett, 1829, Paris, Ballimore, Genève, Cherbuliez, p. 1-4 : « Je me suis proposé de présenter dans cet ouvrage un tableau rapide et général de la littérature, de son esprit et de ses développements chez les plus anciennes nations de l’antiquité et des temps modernes. Je commencerai par examiner l’influence qu’elle exerce dans la vie pratique, sur la destinée des nations et sur la marche des temps. Il s’est opéré pendant le siècle dernier, surtout en Allemagne, un changement notable dans la civilisation […]. La classe des savants vivait auparavant tout à fait isolée du reste du monde […]. La langue elle-même était négligée ».

27 De la Littérature, p. 14.

28 Storia d’Europa nel secolo decimonono [1932], sous la direction de G. Galasso, Milano, Adelphi, 1999, p. 69 : « I migliori spiriti, partecipi com’erano del dramma del loro tempo, soffersero anch’essi quella malattia, ma come un male di crescenza del quale risanarono e ne trassero frutti d’esperienza, virtù di disciplina, capacità di più larga comprensione umana ».

29 La Poesia. Introduzione alla critica e storia della poesia e della critica, p. 96.

30 « Classicità », p. 124.

31 Recension de La Germania della signora di Staël, avec préface de Pietro Paolo Trompeo, Turin, De Silva, 1943, La Critica, XLII, 1944, fasc. 1-2, p. 91.

32 La Germania che abbiamo amata, La Critica, XXXIV, fasc. 6, p. 461-466.

33 « La Staël fu colpita da questo fatto : le pareva che i tedeschi dei suoi giorni “non avessero quel che si chiama carattere” ; “sono virtuosi, integerrimi come privati, padri di famiglia, amministratori, ma fa pena la loro sollecitudine cortese e compiacente per il potere, soprattutto se li amiamo e li crediamo i più colti difensori speculativi della dignità umana”(p. 499). “La massima audacia del pensiero si accompagna in loro al carattere più obbediente. La preminenza dell’esercito e i privilegi di casta li hanno avvezzi alla più precisa sommissione nei rapporti sociali. La loro obbedienza non è servilità, ma regola ; sono scrupolosissimi nell’esecuzione degli ordini ricevuti, come se ogni ordine fosse un dovere”(p. 79) », op. cit., p. 93.

34 À propos de cette modalité rhétorique (sermocinatio), voir Giammattei, Emma, Retorica e idealismo. Croce nel primo Novecento, Bologne, Il Mulino, 1988, p. 120-123.